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  • Devenir mon voisin

    Le miroir peut donner à voir des perspectives autres que notre simple image, à condition de ne pas rester dans l’axe de son reflet. Guidé par cette volonté de faire un pas de côté, je propose à des personnes que je rencontre quotidiennement dans la petite ville où j’habite,  d’échanger leurs habits contre mon appareil photo. J’essaie de représenter l’endroit où je vis dans la peau de ses habitants, comme l’aurait certainement fait Zelig, s’il avait croisé August Sander à Pamiers, en Ariège. Ainsi je deviens quelqu’un d’autre, pour un instant ; et cet autre me photographie à sa place. Durant chacune de ces tentatives un peu burlesque de « décentrement » nous mettons entre parenthèses certains réflexes qui nous condamnent à mener une existence incomplète : évitement, crainte ou rejet de l’Inconnu. En invitant mes semblables à cette opération d’empathie, je souhaite également placer l’expérience sous l’angle d’une photographie soulagée de ses trois grands principes, bien souvent assimilés avec ferveur et béatitude : l’auteur, le beau et la vérité. Et je préfère, sans aucun doute, le tiercé à cette Trinité-là. {2015-2016 - série de 33 images}